Le troufion se présenta à son sergent avec le souffle haletant d'un coureur cycliste en haute montagne, il avait pratiquement battu le record du cent mètre boue pour arriver jusqu'à lui. Le sergent Taggle était en train de se vider les burnes dans l'urinoir de service du camp de fortune qu'ils avaient établis le matin même dans cette brousse Africaine, qu'on appelait plus communément le désert du Sahara. Taggle avait fait la guerre au Vietnam, il s'était engagé car il avait un jour trouvé un poil de cul dans un nem. Ça lui était resté en travers du sifflet. Depuis, il avait continué son chemin dans l'armée en battant au bridge ses supérieurs, montrant ainsi son esprit combatif, bien qu'il perdait à chaque fois au Monopoly. Il était connu pour avoir perdu une dent suite à l'attaque d'un requin blanc, et même si ce n'était qu'un nouveau-né entre deux tranches de pain signé MacDonald, il en avait perdu une canine en trouvant un hameçon dans son cheeseburger. Voyant le jeunôt pâlichon se présenter en respirant comme une chatte en chaleur, il ne pu se retenir de lui faire un chat-bite. Le troufion s'écarta et articula quelques mots après avoir repris son souffle.
« Nous avons trouvé les rebelles chef »
« Où sont-ils ? »
« À deux pas d'ici chef, direction Nord-Ouest chef. Ils boivent de l'eau dans un Oasis chef »
« Pourquoi t'as dit trois fois chef ? En plus je suis pas chef je suis sergent »
« Je sais pas chef, c'est dans le script chef »
« Ta gueule soldat, appelle moi sergent ! »
« Oui sergent-chef ! De toute façon vous vous appelez Taggle Sergent-chef ! »
« Je t'ai dis de m'appeler sergent, pas chef, j'ai une tronche de cuistot ? »
« Non sergent, vous avez une tronche de chef sergent »
« Combien sont-ils ? »
« De qui ? Les chefs ou les sergents, sergent ? »
« Mais non les rebelles, idiot »
« Je suis soldat, je ne suis pas idiot »
« Si crétin, alors réponds face de gland »
« J'en ai compté deux sergent, l'un buvait de l'eau et l'autre avait l'air de faire le guet »
« On a touché le Jackpot. Il me les faut vivants, comme ça ils nous diront où sont les autres »
« Mais ce sont des dromadaires sergent, ils ne savent pas parler »
« Dans ce cas, tuons les tous... »
« Bonne idée sergent, comment on fait ?»
« Ils sont insensibles aux godemichés, il faut donc employer les grands moyens et larguer du napalm au-dessus de leur caboche. Fais préparer nos bombardiers »
« Bien sergent, tout de suite sergent »
Le sergent Taggle avait des états de service irréprochables et c'est donc pour cela que le nouveau gouvernement français l'avait envoyé en première ligne pour dénicher des terroristes. Les ordres étaient clairs et il était le pire ivrogne de la 110ème aéroportée, autant dire qu'il avait une sérieuse réputation à défendre avant de sabrer le champagne de Noël, surtout que l'action se déroule en plein mois de Février. Loin de là, par delà les mers et les vallées de la Loire, une jeune femme a le c½ur en miettes de savoir son mari face au danger, torturant des enfants somaliens mal nourris et mal logés qui n'ont rien demandé à personne, violant des jeunes filles à la nuit tombée, chevauchant des dromadaires sous un soleil d'aplomb avec des balles en caoutchouc fusant à ses oreilles pointues, que bientôt sans le savoir elle risquerait de mettre fin à la vie de son lapin en le noyant dans une bassine d'eau glacée. Elle était d'ailleurs tellement morte d'inquiétude qu'elle avait arrêté de coucher avec le jardinier des voisins, surtout depuis qu'il s'était coupé la bite avec son propre sécateur. La fenêtre ouverte, elle observait la lune cachée derrière les épais nuages gris en forme de capotes. La température était proche de zéro et il pleuvait des cordes et des fils électriques mais elle ne portait rien d'autre pour se protéger du froid qu'une nuisette transparente et un porte-jarretelles effiloché que lui avait offert sa grand-mère pour son treizième anniversaire, le mois dernier. Brian lui manquait terriblement, il était si romantique car quand il venait la voir, il arrachait toujours quelques orties dans le jardin pour lui offrir un magnifique bouquet. Ils s'étaient connus par un hasard fortuit. Elle était une vraie clocharde, suçant toutes les triques de marins qui débarquaient dans le port de Dunkerque, et lui jeune éphèbe et poète lui avait conté fleurette dans une sérénade parsemée de « je t'aime » et de « tu me fais bander » qui ne l'avait pas laissée indifférente. Accoudé sur le balcon, elle déglutit un bref instant puis posa une glaire sur le chat des voisins qui rôdait un étage plus bas. On entendait au loin les bruits des pétards, des sirènes de pompiers, des boîtes de nuit et des corbeaux insomniaques, sans compter tous les chiens de garde du quartier trop nombreux qu'elle rêvait d'égorger avec sa tondeuse à gazon. C'est dans ce pesant silence au goût amer qu'elle se hissa sur la balustrade et après s'être caressé le sein droit de manière vigoureuse, pourquoi on ne le saura jamais, elle sauta la tête la première dans la piscine située juste en dessous. La tête éclatée contre le carrelage de la piscine qui n'avait pas d'eau, elle se sentit conne un instant de ne pas avoir eu l'occasion dans sa vie de collectionner du sucre en poudre.
À deux pas de là, c'est-à-dire deux pâtés de maison plus loin, un homme faisait les cent pas dans son HLM miteux. Il n'avait mangé que des cafards et d'autres blattes depuis les dernières vingt quatre heures et avait les nerfs à vif en plus d'avoir un léger creux à l'estomac et des restes de diarrhée dans le froc. La trentaine, il avait été viré de son travail après avoir dégueulé sur le costard de son patron. Ce dernier n'avait pas apprécié de le voir arrivé avec trente secondes de retard et pour rétablir l'injustice du blâme qui lui avait été infligé à son insu il avait dégobillé son petit-déjeuner sur sa cravate Mickey. Son patron n'était autre que le célèbre arnaqueur de jeunes mariés, il vendait des mariages à l'étranger soi-disant dans un cadre paradisiaque, des déchetteries et des décharges publiques ou des entrepôts en ruine et des égouts, un paysage idyllique en somme. Après avoir dû vendre les organes de sa grand-mère aux enchères sur Internet, notre protagoniste avait pu régler quelques factures mais cela ne suffisait pas à lui permettre de mener une vie normale, c'est-à-dire à acheter une BMW flambant neuve et un costume de Casimir. Friand de conseils, il partit voir son oncle Roger, tenancier d'une petite taverne chaleureuse située dans une cave à côté d'un atelier de couture de clandestins cambodgiens. Il fut accueilli à bras ouvert par son oncle qui remonta ensuite son pantalon d'un coup de braguette et pria la jeune gothique de lui lâcher la queue. Son oncle était connu pour être un redoutable homme d'affaire, il avait actuellement un commerce de faux Power Rangers qu'il revendait à des handicapés mentaux, leur faisant croire que c'était des portables équipés de la visioconférence. Ils prirent place derrière une des tables les plus reculées, l'atmosphère baignait dans les vapeurs de fumée et les cendriers froids, personne ne semblait avoir de Fébrèze dans sa poche et tout le monde parlait en langage codé, c'est-à-dire en levant le majeur des deux mains vers son voisin et en criant des insanités et des obscénités.
« Alors, comment vas-tu fiston ? Toujours accro aux casquettes américaines ? »
« J'ai besoin d'un conseil tonton, c'est pour ça que je suis venu te voir. C'est très important, c'est une question de slip sale ou de chômage technique »
« Un conseil ? Ma foi, j'aime le foie gras. Je peux t'être utile même si je suis loin d'être un psychologue ou autre guérisseur du ciboulot. Quelle greluche as-tu dévergondée pour avoir les oreilles rétractées et de la morve au nez ? »
« Aucune, c'est bien ça le problème. J'ai besoin de thune pour participer à un concours de choucroute allemande, et éventuellement me payer des putes »
« Un concours de choucroute allemande ? C'est un euphémisme »
« Oui, et il faut en avaler le plus possible dans un temps imparti, on peut gagner des entrées à Aquaboulevard et des pinces à linges en forme de Davy Crockett »
« Tu te fous de ma gueule là, Pourquoi tu veux faire cette merde ? »
« Pour manger des strings, j'ai la dalle »
« Pourquoi ne t'inscris-tu pas aux jeux paralympiques ? »
« Para...quoi ? Le truc pour les handicapés ? Mais je ne suis pas handicapé... »
« Si tu veux je te pète le bras, ou une jambe, j'ai une tronçonneuse dans mon garage »
« Non merci tonton, je préfère rester entier et étendre mon linge sur l'antenne télé de mes voisins. Comme ça je pourrais aussi piraté le câble et mater des films de boule en mangeant des chips »
« Dans ce cas, j'ai un travail pour toi. Es-tu prêt à chanter la Macarena en mangeant des macaronis moisis ? »
« Non »
« Très bien. Il faudrait que tu ailles voler des dentiers dans la maison de retraite en face du bar-tabac. Au moins une douzaine, je te paierais avec des sacs de litières pour chat »
« Mais j'ai pas de chat »
« C'est pas grave, tu pourras revendre le tout à des voisins, ou à un vétérinaire, ou à mon ex-femme elle est zoophile »
« Mais tu n'as jamais été marié »
« C'est parce que la mairie n'a pas voulu que j'épouse ma cousine, pourtant on s'aimait malgré qu'elle soit attardée mentale et fan de Leonardo Di Caprio »
« C'est celle qui est unijambiste ? »
« Non, c'est celle qui mange des pigeons »
« Ah, c'est dommage en effet, je l'aimais bien elle malgré qu'elle confonde constamment Napoléon avec une pizza italienne »
« Allez dégage, et reviens avec douze dentiers, pas un de plus et pas douze de moins ! »
Hercule Krevar, immigré russe venu en France pour échapper à la mafia à qui il avait volé des stylos bic, était dans le pétrin jusqu'à la gorge, surtout qu'il était un ancien du KGB et qu'il y avait un contrat sur sa tête, un kebab acheté égal à un kebab offert. Il n'avait jamais cambriolé une maison de retraite de sa vie et voyait déjà venir les ennuis sous ses aisselles, surtout que la sécurité avait été renforcée autour de ce type d'établissement, désormais des détecteurs de purée avaient été placé dans les cantines et les infirmières portaient des couches. Il soupçonnait son oncle de vouloir garder les dentiers pour lui car les chicots qu'il avait étaient habité par quelques vers et autres mille-pattes imberbes. Cependant, il avait besoin de manger et sorti son attirail d'escamoteur le soir même, il s'était déguisé en Zorro pour passer inaperçu sauf qu'il perdit sa cape après avoir sauté par-dessus la boîte aux lettres. La rue était déserte et un léger brouillard inquiétant était venu envahir les environs à une vitesse phénoménale, crachant son venin glacial tandis qu'un orchestre invisible de cuivres jouait de la musique classique qui sortait d'un radiateur à tête de loup-garou. Après avoir pissé sur une mobylette et sur le mec qui dormait dessus, il lança son grappin sur un réverbère. Ne sachant pas manier ce dernier il explosa un pare-brise mais c'était loin de le décourager dans son entreprise car le quartier dormait profondément depuis la bombe nucléaire de la veille, mise à part la boîte de nuit où les vigiles étaient occupés à recaler une bande de jeunes obèses boutonneux qui faisait du grabuge, c'est-à-dire qui posaient des briques dans la file d'attente. Ni une ni deux ni quatre ni sept ni soixante secondes chrono, le voilà se hissant à cette corde avec laquelle deux ans plus tôt il s'était pendu à un rétroviseur de twingo, déprimé depuis que sa calculatrice l'avait plaqué pour un couple de piles Alcaline. Après avoir discrètement découpé la porte-fenêtre avec une mine anti-personnel, il pénétra dans l'antre des vieillards incontinents en portant son masque de Zorro, qui était en fait celui du capitaine crochet mais il avait toujours confondu les deux car l'un avait du mascara contrairement à l'autre. Le premier vieux était shooté aux somnifères et au viagra donc il dû lui ouvrir la bouche avec un piège à loup et un pied de biche rouillé pour en ressortir le dentier que ce dernier avait oublié d'enlever avant de crever en faisant une overdose de jus de carotte. Il continua ainsi toute la nuit mais par malchance se fit contrôler par la brigade des stupéfiants, qui le boucla car il avait oublié ses papiers chez lui et sentait l'eau de cologne, papiers qui n'existaient pas évidemment mais l'odeur existait bien ce qui suffisait à cette brigade volante pour lui arracher la rondelle et fouiller avidement dans le trou de balle de ce dernier sans aucune sonde anale autre que la main d'un lieutenant un brin homosexuel et énormément vicelard. Lieutenant qui avait été rapatrié du front après avoir accidentellement tué l'un de ses soldats lors d'une partie de paint-ball dans les grottes Afghanes.